Aux Rythmes du Boeuf
1918 - "O boi no telhado"
A Rio de Janeiro, un tango de José Monteiro embrase le Carnaval de toutes les folies. Il s'appelle : "O boi no telhado"- en français le boeuf sur le toit. Sur un rythme irrésistible, la chanson raille avec humour les vieux beaux manquant de vigueur auprès de leurs jeunes maîtresses. Cette année-là, le compositeur Darius Milhaud est secrétaire de Paul Claudel, ambassadeur de France au Brésil.
1919-1921 - Les Samedistes
Darius Milhaud rentre à Paris et reprend langue avec quelques artistes qui, sous le parrainage de Jean Cocteau, se réunissent chaque samedi soir autour d'un apéritif musical. C'est chez Milhaud, le plus souvent, qu'ont lieu ces folles soirées où les "samedistes" déclinent au piano leurs poèmes et compositions, moment Dada d'une histoire à tiroirs. Interprétant ainsi un cocktail à la main, l'"Adieu New York" de Georges Auric ou les "Cocardes" de Poulenc, il leur plait aussi parfois d'aller au cirque Médrano, voir jouer les clowns Fratellini. Décrivant plus tard la plage de Cannes où il rencontrait Le Monde, Maurice Sachs se rappellerait l'état d'esprit artistique, branché, chic et cultivé de ces Dadas qui allaient devenir le coeur de clientèle du Gaya puis du Boeuf sur le Toit : "people" avant l'heure, ils étaient des "Boeuf sur le Toit".
1919-1920 - Opus n°58 (1919) et Ballet-pantomime (1920)
La tête pleine encore des rythmes savourés au Brésil, Darius Milhaud compose, en 1919, l’Opus n°58 en hommage à Charlie Chaplin, qu’il intitule alors Cinéma-Symphonie. Séduit par cette œuvre inspirée des musiques Sud-Américaines, la Fée Cocteau lui suggère plutôt de lui donner le nom de cet air entendu au carnaval de Rio : l’Opus devient ainsi Le Bœuf sur le Toit. Jean Cocteau imagine alors créer un ballet pantomime sur la musique créée par Darius Milhaud. Donné pour la première fois en 1920 à la Comédie des Champs Elysées dans un décor de Raoul Dufy, le spectacle fera scandale. Alliant la farce de Cocteau à l’opus de Darius Milhaud, il s’appellera Le Bœuf sur le Toit.
1921 - Le Gaya, père du Boeuf
Le 22 février 1921, le jeune Ardennais Louis Moysès, ouvre Le Gaya au 17 rue Duphot. Entre ses murs exigus parés d’Azulejos, on sert un porto du même nom et le pianiste Jean Wiener convoque classiques et jazz. A l’initiative de Milhaud, fier « d’apporter un bar » à la Fée Cocteau, l’établissement devient le lieu de rendez-vous des Samedistes et Dadas alors trop à l’étroit. Le succès devient tel que Moysès est contraint d’abandonner les lieux, tant par manque de place que par abus de vacarme. Ouvrant un nouveau bar au 28 rue Boissy d’Anglas, il a l’heureuse idée d’en emprunter le nom à Milhaud et Coteau, qui acceptent que l’on baptise la nouvelle maison Le Bœuf sur le Toit.
1922-1941 - Les humeurs du Boeuf
Poussé par le succès, un procès et des raisons dictées par l’intelligence commerciale, le Bœuf change six fois de toit jusqu’en 1941, se montrant d’humeur vagabonde même s’il demeure fidèle au VIIIème arrondissement. Pendant le Crash de 1929, il accueille et loge gracieusement La bande de midi moins le quart. En 1934, Christian Dior s’illustre au nombre de ses hôtes. Lors de l’Exposition Universelle de 1937, il est aux premiers rangs, à deux pas du Trocadéro. Lorsqu’en 1941 il prend son ultime envol pour un toit de la rue du Colisée, Paris est occupé et l’avenir semble sombre. Le Bœuf se fait alors haut lieu musical et rendez-vous des réseaux de résistance.

Crédits photos : droits réservés
© Georges Viaud, Chargé du patrimoine historique des Brasseries; Florence Coupry.

