Au Temps du Boeuf
L'esprit Faubourg / Champs Elysées
Dans son élégance subtile, alliance de tradition et de modernité, le Bœuf sur le Toit reflète avec éclat l’esprit des Champs Elysées. Son histoire commence en 1921 à l’ombre de l’église de la Madeleine, et l’entraîne au fil des années au cœur de « la plus belle avenue du monde » et du « Faubourg unique au Monde ».
Né du succès fulgurant du Gaya, bar musicien et jazzy, le Bœuf sur le Toit prend ainsi ses premiers quartiers au 28 rue Boissy d’Anglas, (appelée sous Louis XV rue des Champs Elysées) que traverse toujours la rue du Faubourg Saint Honoré, voie des ambassades et de la tentation mais surtout faubourg du palais élyséen. Inscrivant par la suite sa légende sur les toits parisiens de ses adresses successives, il reste indubitablement lié à la fréquentation de la plus belle avenue du monde.
Les adresses du Boeuf
Après son inauguration le 10 janvier 1922, le Bœuf sur le Toit s’est pendant près de vingt ans montré d’humeur vagabonde. En 1927, un procès le contraint à quitter le 28 de la rue Boissy d’Anglas pour s’installer brièvement au numéro 21 avant de retourner à sa première adresse. Sautillant dès l’année suivante sur un autre toit du quartier, il opte pour le 33 de la même rue, puis prend place au 26 de la rue de Penthièvre. En attendant sa réouverture, le Bœuf se voit doté d’une réplique méditerranéenne qu’on inaugure à Cannes, au 6, rue de Macé ; et en 1934, il ouvre une filiale à l’Hôtel Georges V. Un an avant l’Exposition Universelle de 1937, il bondit au 43 bis, avenue Pierre 1er de Serbie, se rapprochant à bon escient du Palais de Chaillot et du Trocadéro. Sa dernière escapade le ramène au cœur du quartier des Champs Elysées, accrochant en 1941 son enseigne au 34, rue du Colisée. Haut lieu musical pendant l’Occupation, c’est à cette adresse que le Bœuf demeure établi pour l’instant.
Le Café Sociéty
Passée la Première Guerre Mondiale, les Années Folles embrasent Paris. Au vin mauvais succède le champagne, et dans un sursaut d’insouciance excentrique, d’élégance et de luxe, d’arts, de rires et de lettres, la capitale savoure l’expression sublime d’une étonnante période cocktail.
Nous sommes au temps où le Bœuf montait sur le toit. Le Gratin proustien n’est plus vraiment à la mode, la Jet Set n’a pas encore fait son apparition et l’on ne parle toujours pas de People. C’est l’heure de la Café Society, dont les mondains, mécènes et artistes se partagent pour la première fois le monopole du bon goût avec l’aristocratie et la grande bourgeoisie éclairée. Unis dans une quête effrénée de beauté, académiciens, aristocrates, artistes, créateurs, grands couturiers, danseurs étoiles, écrivains, mécènes, milliardaires, musiciens, poètes et parasites raccordent la vieille Europe au Nouveau Monde et sèment à l’envi des idées d’avant-garde.
Au Bœuf sur le Toit, toutefois, la Café Society s’appelle la Bande à Cocteau. Embarquée dans ce lieu unique comme sur un yacht indécent, comme dans un palais vénitien ou un hôtel particulier, elle s’y rappelle émerveillée soirées mondaines et bals masqués dans une alchimie sans pareille. Dans le regard perçant de l’Œil Cacodylate de Picabia qui veille, imperturbable, sur les hôtes du Bœuf, elle foisonne et perdure, gardien du seuil depuis bientôt 90 ans : «Le Tout-Paris à l’échelle internationale».
© Georges Viaud, Chargé du patrimoine historique des Brasseries; Florence Coupry.

